• renelle gaudin

Politique de la ville, consommation de vêtements et réchauffement climatique: le rapport du C40



Cette semaine je vous présente les résultats d’un rapport super intéressant sur la pollution dans les villes, axé sur 6 secteurs, dont les vêtements et le textile.


Le groupe de travail C40 regroupe des grandes villes du monde entier et produit des rapports ou des analyses sur un nombre varié de sujets. Dans ce rapport de juin 2019, 95 villes (listées en fin d’article) ont été auditées sur les sources de pollution que produisent leurs habitants et les objectifs à atteindre dans les années à venir pour rester sous la barre d’une hausse des températures de 1,5°C. Cette étude a été menée par le bureau d’étude ARUP et l’Université de Leeds. Ce rapport est téléchargeable gratuitement ici.

L’importance des villes dans la production mondiale de gaz à effet de serre


Ce rapport ouvre sur l’importance des villes et de leurs habitants dans la production mondiale de gaz à effets de serre. L’approche retenue est de considérer les gaz à effets de serre générés par la consommation de la population urbaine, en incluant les gaz générés au cours de la phase de production de ces biens - consommés en ville mais très souvent produits en dehors de la ville. Six catégories de biens ont été retenues : aliments, bâtiments et infrastructures, vêtements et textiles, transport privé, aviation, et électronique.


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Les émissions basées sur la consommation représentent l'impact climatique total accumulé dans le monde d'un bien ou d'un service, attribué à l'endroit où le produit final (ou le service) est utilisé ou consommé.

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Prenons l’exemple d’un jean: son impact climatique comprend les émissions résultant de la culture et de la récolte du coton utilisé pour le tissu, le CO2 émis par l'usine où il a été assemblé, et les émissions des navires, camions ou avions qui l'ont transporté au magasin. Son impact comprend également les émissions de chauffage, de refroidissement ou d'éclairage du magasin dans lequel les jeans ont été achetés et le CO2 émis par le consommateur final en le lavant et en le séchant au cours de sa durée de vie.



Pour généraliser la démarche, on comprend que lorsqu’un bien ou un service est acheté, les processus d'extraction des ressources, de production et de transport ont déjà généré des émissions au niveau mondial, jusqu’au apporté au consommateur final. Le rapport du C40 estime que


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85% des émissions associées aux biens et services consommés dans les villes du C40 ont leur origine « hors de la ville »: 60% dans leur propre pays et 25% à l'étranger.

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L’idée, vous l’aurez compris, c’est de montrer que les maires de ces grandes villes ou de ces agglomérations peuvent avoir un impact significatif sur les émissions de gaz à effets de serre, y compris au-delà de leurs frontières géographiques, notamment en favorisant des changements dans les modes de production et de consommation des biens et services consommés dans leurs villes ou agglomérations.

Leur rôle est donc encore plus important qu'on aurait pu le penser pour aider à éviter l'urgence climatique .

Etat des lieux et objectifs pour le textile

L’étude analyse le poids des 6 secteurs retenus dans la pollution des villes. Ce ne sont pas forcément les 6 secteurs le plus polluants, mais ce sont ceux sur lesquels les villes et les consommateurs peuvent agir le plus directement.


Le rapport nous informe que les émissions de vêtements et de textiles représentaient 4% des émissions de consommation des villes du C40 en 2017. Voici en résumé le poids respectif de chaque secteur (évidemment on n’arrive pas à 100% car bien d’autres secteurs polluent) , suivi d’un détail des sources d’émission du secteur habillement et textiles.




Pour rester dans les objectifs d’une augmentions des températures en dessous des 1,5°C, qui correspond à la limite sur laquelle s’accordent les experts si l’on veut garder un climat « vivable » dans le futur, l’impact moyen par habitant de la consommation urbaine dans les villes du C40 doit diminuer de 50% d’ici 2050 et de 80% d’ici à 2050… ça fait un peu jargon: concrètement, comment cela se traduit-il ?


Pour atteindre cet objectif, l’étude définit deux niveaux cibles :

  • le niveau cible « progressif » est basé sur des estimations de changements « progressifs » dans les choix des consommateurs, dans l’état actuel des modes de production,

  • le deuxième niveau cible, plus «ambitieux», est basé sur un mode de production plus efficace et des changements importants dans les choix des consommateurs.


J’en comprends donc que pour rester en dessous des 1,5°C de hausse des températures, il faudra nous situer quelque part entre ces deux objectifs.

En ce qui concerne la consommation de vêtements, les conclusions du rapport sont les suivantes: consommer entre 3 et 8 vêtement neufs de qualité par an !



Un argument mis en avant dans cette étude est qu’en achetant moins de nouveaux vêtements et textiles, les habitants de toutes les villes du C40 pourraient collectivement économiser 93 milliards de dollars en un an… cet argument est-il assez convaincant pour influer sur les modes de consommation ?

Quel rôle de la politique de la ville sur les comportements individuels ?


La réduction des émissions basées sur la consommation nécessitera des changements de comportement importants. S’il s’agit principalement de choix de consommation individuels - surtout en ce qui concerne les vêtements et le textile (!) - il n’empêche que des choix de politique publique urbaine ou locale peuvent nous inciter ou nous accompagner dans nos choix.


Dans les autres secteurs étudiés, le rapport suggère des « interventions » pour infléchir le comportement des consommateurs, qui visent à rendre les biens et services moins énergivores (sans compromettre leur fonction) et à adopter des choix de consommation sobres en carbone sans compromettre la qualité de vie. On imagine vite qu’en ce qui concerne les logements ou les transports, l’action publique a un poids important et on envisage facilement les actions à mettre en place puisque les infrastructures publiques ont une influence forte sur ces pratiques.

En ce qui concerne les vêtements, il y a comme un flottement… l’intervention mise en avant dans le rapport est d’encourager les citoyens à acheter moins de vêtements de meilleure qualité.

C’est un peu léger !

Comment la politique de la ville peut-elle avoir un impact ? Un peu d’imagination…


Il me semble que tout ce qui peut encourager l’économie circulaire est bon à prendre, par exemple soutenir la mise en place de recycleries / ressourceries; ou encore le soutien des associations d’upcycling (ateliers de couture, cours de couture), d’échange de vêtements (swap places), de vente de seconde main ; les actions de communication et de promotion sur le sujet (cf. article sur la NY Re Fashion Week) tant auprès des consommateurs qu’auprès des boutiques; sans oublier la mise à disposition de points de collecte de vêtements, soit dans l’espace pubic, soit dans les boutiques. Ces politiques sont compatibles avec une politique sociale (emploi étudiant, réinsertion, emploi local) et une politique du territoire (par ex. développement des coursiers à vélo si livraisons).


Alors, qu’attendent nos mairies pour mettre le sujet à la une ?

En résumé, cette étude cible sur le rôle des villes pour influencer la consommation de leurs habitants - et du coup, les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale.

Grace à la méthodologie utilisée, on comprend comment l’action des villes sur la consommation peut également entrainer des avantages au niveau global. Cette approche permet d’intégrer les externalités négatives causées de l’autre côté du globe, mais qui nous affectent tous en fin de compte. Souvenons-nous que l’étude montre que 85% des émissions associées aux biens et services consommés dans les villes du C40 ont leur origine « hors de la ville »: 60% dans leur propre pays et 25% à l'étranger.

Par exemple, l'évolution des modes de consommation dans secteur habillement et textile a un impact significatif sur l'utilisation des terres, les forêts et l'utilisation de l'eau douce à travers le monde.


Je trouve aussi que les chiffres produits sont parlants, ils nous donnent un ordre de grandeur intéressant sur l’impact de nos achats de vêtements neufs sur l’émission de gaz à effets de serre - rappel: la consommation urbaine du secteur habillement et textile représente 4% des émissions de gaz à effet de serre >> objectif de 3 à 8 vêtements neufs de qualité par an pour rester sous les 1,5°C. On peut encore chipoter sur ce que comprennent ces 8 articles (accessoires ? sous-vêtements ?…) mais l’idée est là: consommer raisonnablement, et de qualité !


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Et vous, que pensez-vous de ces résultats ? L'estimation de 4% correspond-elle à ce que vous auriez estimé vous-même ? Achetez-vous plus de 8 articles neufs par an ? Cela vous priverait-il de vous limiter à 3 vêtements neufs ? Votre ville a-t-elle une politique visible concernant la pollution textile ? Quelles initiatives pourraient contribuer à la prise de conscience au niveau de la ville ?

Merci de vos commentaires :)

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Ville inclues dans cette étude C40


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