• renelle gaudin

Le problème avec la mode (2) … ces anonymes qui fabriquent nos vêtements

La campagne « Who Made My Clothes ? » a été lancée en 2013 par 2 actrices engagées du monde de la mode, après l’effondrement du Rana Plaza. Orsola de Castro et Carry Somers, qui s’identifient comme des « protestataires pro-fashion », ont ensuite fondé Fashion Revolution, qui leur a permis d’amplifier le mouvement.



L’idée de cette campagne est de nous faire voir et comprendre les conditions de travail des ouvrières et ouvriers qui fabriquent nos vêtements, en grande majorité de l’autre coté du globe… car bien souvent nous ne réalisons pas ce qui se cache concrètement derrière notre tee-shirt à 5 euros ou notre jean à 30 euros…


Les 3 documentaires que je vous présente ci-dessous sont des éclairages parfois glaçants de cette partie cachée de l’iceberg: travail forcé, pauvreté, prostitution, travail des enfants…

L’idée ici n’est pas d’encourager au boycott de telle ou telle marque, mais de se mettre en mouvement pour encourager les marques à changer leurs pratiques, et cela passe avant tout par plus de transparence. C’est un enjeu qui concerne l’industrie de la mode dans son ensemble - et nous aussi, en tant que consommateur, renseignons-nous sur où et dans quelles conditions ont été fabriqués nos vêtements… ça ne coute rien de demander en boutique, sur les sites des marques ou sur leur compte instagram !


(je vous propose en fin d’article d’aller signer le manifeste de Fashion Revolution !)


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From sex worker to seamstress: The high cost of cheap clothes

Réalisation: Vice News

2014

13 min

Disponible sur You Tube



Un documentaire court mais choquant sur des ouvrières du secteur textile au Cambodge, où un programme de l’Etat sort des femmes de la prostitution pour les faire travailler dans les usines textiles (sinon elles encourent la prison à vie !). Les conditions de travail sont si terribles (longues heures, salaire minimum de 80 dollars par mois, bâtiments vétustes…) que certaines préfèrent retourner à la prostitution plutôt que d’endurer « l’esclavage » dans ces usines.


Les révoltes passées ont conduit à de violentes répressions de la police, où plusieurs ouvrier.e.s ont été tué.e.s… Ça fait froid dans le dos !


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Udita (Arise)

Réalisateurs: Hannah Majid et Richard York (Rainbow Collective / Openvizor)

2015

95 min

Disponible sur youtube


Udita nous emmène au Bangladesh, suivre le quotidien d’ouvrières du secteur textile, sur la période 2010-2015.



Nous sommes témoins de la vie de ces femmes qui se battent pour améliorer leurs conditions de travail, et tout simplement leur vie. La question syndicale est au coeur de ce documentaire: l’union des travailleurs va leur permettre, au fil du temps, des augmentations de salaire (de 9 à 68 dollars par mois …) et de limiter l’arbitraire de leur quotidien (journée non payée suite à un retard imaginé par le directeur de l’usine, retards de salaire de plusieurs mois, licenciement abusif, travail forcé avec les portes de l’atelier verrouillées…). Les images et les témoignages sont bouleversants et nous ouvrent les yeux sur ce qui nous est invisible, car loin de nous… et pourtant si proche, car ce sont bel et bien nos vêtements qui sont fabriqués par ces ouvrières et ouvriers.


D’ailleurs au cours du documentaire je n’ai pas pu m’empêcher de voir, à plusieurs reprises, des appels du pied qui nous sont destinés:



Ce documentaire retrace aussi les catastrophes majeures de la dernière décennie: en 2012, l’incendie de la Tazreen Factory qui a causé 111 morts et blessé 200 personnes, et l’effondrement du Rana Plaza en 2013, dont les conséquences ont été encore plus dramatiques puisque le bilan s’est élevé à 1 121 morts et 2 000 blessés !


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The Price of Free

Réalisateur: Derek Doneen

2018

92 min

Disponible sur YouTube

Site du documentaire


Avec ce documentaire, nous entrons dans le monde du travail des enfants, en Inde. Cette question déborde du strict secteur textile, mais elle le concerne néanmoins !


Nous y suivons Kailash Satyarthi, un ardent militant du droit des enfants et du droit à l’éducation, qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2014 (en même temps que Malala Yousafzai). Ce documentaire a reçu le Prix du Grand Jury pour les documentaires au festival de Sundance en 2018.



L’histoire des ces enfants est une équation tristement simple à comprendre: familles rurales pauvres qui ont besoin d’argent, parents crédules qui confient leurs enfants à des personnes de confiance pour leur trouver du travail en ville, qui s’avèrent au final être des trafiquants qui placent les enfants dans des usines où ils seront exploités et pas (ou très peu) payés …


Kailash Satyarthi a eu la chance d’aller à l’école, et il avait été frappé à l’époque par le regard d’un enfant qui travaillait devant les portes de son école. Devenu adulte, il est devenu un défenseur sans relâche des droits des enfants, depuis maintenant 40 ans. Avec son équipe, ils ont sauvé plus de 88 000 enfants et mis en place des structures contre le travail des enfants.


Son action consiste à localiser les ateliers-dortoirs où les enfants sont captifs, sur la base d’enquêtes, de témoignages ou toute autre source d’information, d’aller libérer ces enfants sous la protection de la police (qui a quand même parfois pris le temps d’informer le propriétaire de l’atelier au préalable !), de les prendre en charge dans un centre (école + pension) tout en cherchant à retrouver leurs parents pour les informer de la situation de leur enfant et permettre à l’enfant de rentrer chez lui ou de poursuivre son éducation au centre.


Je vous encourage vivement à regarder ce documentaire plein d’espoir, à visiter le site internet du documentaire, plein de ressources utiles, et à suivre l’actualité de la Fondation de Kailash Satyarthi (et à la soutenir aussi !).


Encore deux petits conseils sur ce que nous pouvons faire pour ne pas acheter d’objets ou de vêtements produits par des enfants: déjà, questionner l’origine de produits « trop » bon marché (un réflexe utile en toutes occasions !) , et ensuite savoir que les enfants sont souvent mis à contribution pour tes tâches de précision et d’embellissement (sequins, perles, broderies…) .


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Après avoir vu ces 3 documentaires, j’avais encore plus de raisons de réfléchir à deux fois avant d’acheter des vêtements !


Heureusement les choses évoluent suite à la prise de conscience de beaucoup de consommateurs et des réactions de certaines marques, qui s’engagent à jouer la transparence et à communiquer sur leurs fournisseurs. Espérons que le mouvement est enclenché … et restons vigilants.

[nb. La récente loi sur l’économie circulaire devait initialement prévoir un étiquetage sur l’impact social ET environnemental de nos vêtements mais se limitera pour l’instant au seul l’impact environnemental]


Avant de conclure, je voulais aussi citer un film qui est sorti en décembre 2019 mais que je n’ai malheureusement pas encore eu l’occasion de voir: Made In Bangladesh (Réalisatrice: Rubaiyat Hossain, 95 min). Ce film est inspiré d’une histoire vraie. Il nous montre le monde ouvrier et la difficile mise en place d’un syndicat dans une usine de textile au Bangladesh. J’imagine qu’il se rapproche de ce que l’on peut voir dans Udita… à confirmer très prochainement je l’espère.


Et donc, je vous invite à visiter le site de Fashion Revolution, et surtout la page de leur manifeste pour une mode qui respecte la vie de celles et ceux qui font nos vêtements :

  • #1 For fashion to provide dignified work,

  • #2 For fashion to provide fair and equal pay,

  • #3 For fashion to give people a voice,

  • #4 For fashion to respect culture and heritage,

  • #5 Fashion stands for solidarity,

  • #6 Fashion conserves and restores the environment,

  • #7 Fashion never unnecessarily destroys or discards,

  • #8 Fashion is transparent and accountable,

  • #9 Fashion measures success by more than just sales and profits,

  • #10 Fashion lives to express,

People of the fashion world unite !


>> Et vous, demandez-vous aux marques d’où viennent vos vêtements et qui les a fabriqués ? Avez-vous vu d’autres documentaires sur ces sujets ? Quelles autres initiatives connaissez-vous sur le sujet ?

Merci de vos commentaires :)

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