• renelle gaudin

J’veux du cuir ! (2/2): les initiatives et solutions



En réponse au tableau peu séduisant dressé dans l’article précédent, voici la lumière au bout du tunnel !

L’industrie du cuir a bien cerné les enjeux et des initiatives récentes attestent des mutations en cours, vers plus d’éco responsabilité et de respect des travailleurs; Des innovations technologiques récentes, mais aussi le retour au savoir-faire ancien du tannage végétal permettent également d’espérer à moyen/court-terme une réduction drastique de la pollution causée par l’étape de tannage; Tout comme les initiatives individuelles de circuit-court, de récupération des peaux non utilisées, ou encore de seconde main, qui sont des alternatives garantes d’un modèle économique plus propre et respectueux des travailleurs et des animaux. Merci encore à Jenny Bourhis qui, grace à sa grande connaissance de la filière du cuir responsable, m’a pointé un grand nombre des solutions présentées dans cet article.


… commençons par les alternatives vegan !

Le cuir vegan est-il l’avenir du cuir animal ?

De nombreuses alternatives ont surgi ces dernières années, souvent regroupées sous l’étiquette de « cuir vegan ». [Je ne range pas dans cette catégorie les « simili cuirs » en polyuréthane ou en PVC qui sont 100% synthétiques et ne présentent aucun intérêt environnemental - Greenpeace a d’ailleurs qualifié le PVC de « plus polluant de tous les plastiques ».] Il est question d’alternatives au cuir à base de champignon (levures), de cactus, de maïs, de liège ou d’ananas (…) qui présentent en apparence des caractéristiques similaires au cuir animal.


Ces nouveaux matériaux ont le mérite d’épargner des vies animales et de reposer apparemment sur moins de chimie… mais cela reste à vérifier ! En effet, les procédés (chimiques) de transformation de la matière première en assimilé cuir ne sont pas connus et ces matières sont souvent consolidées avec une couche de matériel synthétique (par exemple coton-polyester).

Un effort de transparence est donc indispensable pour affirmer la nature éco-responsable de ces alternatives, en termes de procédés de fabrication et de fin de vie (comment recycler / détruire les articles en fin de vie ?). L’idée est d’éviter de remplacer une pollution par une autre…


Ensuite, il semble que les matériaux alternatifs au cuir s’usent plus vite que le cuir - au moins pour les chaussures. Le cuir a des propriétés esthétiques et mécaniques spécifiques - c’est bien pour ça qu’on tant de mal à s’en passer et qu’on cherche des alternatives ! Je suis allée me promener sur des forums vegan et la question du cuir amène à de nombreux débats sur le thème « vie animale vs. pollution », au sens où les chaussures vegan s’abiment vite et du coup ça fait plus de déchets, en plus ou moins grande partie non biodégradables (selon le matériau) - là où le cuir dure longtemps et est biodégradable.


La conclusion de ces discussions est souvent de choisir son combat: générer moins de pollution OU défendre la cause animale.


Une autre voie est parfois envisagée sur ces mêmes forums, celle du cuir de seconde main. Cela permet de ne pas susciter de nouvelle demande sur le marché du cuir, tout en évitant les produits synthétiques.


… Et pour celles et ceux qui sont prêts à se séparer totalement du cuir, passer aux alternatives purement végétales (lin, chanvre, coton, bambou). Et hop, tout le monde en espadrilles !

Les initiatives récentes de la filière cuir


La filière française du cuir est consciente de ces enjeux depuis plusieurs années. L’adoption de la directive REACH en 2007 (pour sécuriser la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne) couplée à la montée en force des politiques de RSE, ont poussé à prendre des mesures réduisant les impacts sociaux et environnementaux de la filière, par exemple les stations d’épuration pour le traitement des eaux usées dans les tanneries, ou la maîtrise et l’encadrement des procédés chimiques.


En 2019, le Fashion Pact (dont j’ai déjà parlé dans un précédent article) propose aux marques engagées de construire un système de certification, vérification et traçabilité des matières premières et de leurs impacts au long de la chaîne dapprovisionnement.

La même année, en septembre, le Sustainable Leather Forum s’est tenu à Paris avec pour objectif de réfléchir sur les bonnes pratiques de la filière des industries du cuir en matière de RSE, aussi bien sur le plan social, environnemental qu’économique.


La traçabilité est un enjeu clé pour les utilisateurs de peaux (et pour les consommateurs), car si les règles sont claires et que les pratiques évoluent dans le bon sens en France (et en Europe), ce n’est pas le cas dans les plus gros pays producteurs. Or, 90% des peaux d’animaux abattus en France sont transformées et préparées à l’étranger… La loi permet d’étiqueter « made in France » un produit qui sera finalisé en France, alors que la vache aura été élevée et abattue dans un autre pays. Il y a un vrai besoin de transparence sur le cycle de production des peaux.


Trade promotion council of India, Oct 2018


Il existe déjà quelques normes de références sur lesquelles peuvent s’appuyer les acteurs de la filière, comme le label du Leather Working Group (LWG).





Ce label, devenu une référence mondialement reconnue, récompenses les tanneries exemplaires (dont des tanneries chinoises, c’est bon de le noter !) dont la liste est visible ici.










Un autre label international, Naturleder, certifie du cuir « écologique » depuis 2008: conservation des peaux sans agents chimiques (i.e. avec du sel ou au froid); le tannage à base de chrome ou d’autres produits polluants est interdit - sont autorisés les produits végétaux, aluminium, zirconium ou titane; les colorants contenant des métaux lourds sont également proscrits.

Il garantie également que les peaux proviennent d’animaux élevés d’abord pour leur viande. Enfin, le label contrôle les conditions de travail: respect des droits des salariés, interdiction du travail forcé, lieu de travail sécurisé et sain, pas de travail des enfants.

Innovations techniques et nouveaux modèles économiques


Rappelons déjà les innovations quotidiennes dans les alternatives au cuir animal. C’est à l’usage et après avoir bien compris le cycle de vie de ces nouveaux matériaux (robustesse, souplesse, composition…) que nous serons à même de leur donner une place adéquate dans nos dressing.


En ce qui concerne la production du cuir animal, la remise au goût du jour du tannage végétal est une réponse de choix aux problème posés par les procédés chimiques décriés. Cette technique ancestrale utilise principalement des écorces d’arbres et ne représente à ce jour que 10% du marché… c’est un savoir-faire ancien, dont la pratique est apparement très empirique et peu partagée (!) et qui nécessite du temps. Si elle offre un peu moins de choix de couleur que le tannage minéral, sa diffusion est pourtant une piste intéressante pour réduire l’impact environnemental et sanitaire de la filière.


Il existe également des tanneries qui, grace à des innovations technologiques, inventent des procédés nouveaux de tannage sans eau. Si ces procédés pouvaient fair leur preuve à grande échelle, ils pourraient venir révolutionner la filière ! Ecco Leather est une de des entreprises, installée aux Pays-Bas, qui propose un procédé de tannage très innovant sans eau, où la peau est tannée sous pression et avec du CO2, comme dans une cocotte minute.


Quant aux nouveaux modèles économiques, ils apportent des solutions locales et innovantes plus respectueuses de l’environnement, des hommes et des animaux. Dans le contexte de la loi anti gaspillage de février dernier, notons par exemple l’initiative de Virginie Decatillon, qui a créé Adapta il y a 1 an pour éviter le gaspillage des peaux disponibles (surplus, fin de séries, arrêt d’une ligne de produit, modification du cahier des charges après achat…) . Elle «  déniche des trésors dans les stocks dormants des fournisseurs du luxe et y donne accès (aux professionnels de la filière) avec l'information de traçabilité. » Son site internet fonctionne comme un site d’achat groupé ou une centrale d’achat.

La traçabilité permet d’assurer d’où vient le cuir (tanneur / mégissier) et où il part - on garantit ainsi que ce cuir de qualité ne sera pas utilisé pour de la contrefaçon.S’il est encore impossible aujourd’hui de remonter en amont de la tannerie, Virginie Décatillon explique que le Centre Technique du Cuir travaille sur un marquage au laser permettant d’identifier les peaux dès l’élevage. Si vous voulez en savoir plus sur Adapta, écoutez ce podcast sur le site de l’info durable.


Privilégier filière locale et circuit court est également une autre façon de s’assurer que les cuirs sont produits de manière responsable. Le cuir est dans le pré reprend ce crédo à son compte: souci du bien être animal, tant durant sa vie qu’au moment de l’abattage; circuit court (élevages en Normandie, tannage dans le Tarn, production en Normandie); sans oublier l’aspect humain via l’emploi de personnes handicapées; et la qualité des produits qui leur assure une longévité accrue.

D’autres acteurs de la filière sont engagés dans des démarches similaires (circuit court), comme La Botte Guardiane, et d’autres que vous ne manquerez pas de m’indiquer en commentaires :) A noter, le circuit court peut permettre d’éviter l’étape du pré-tannage.


Conclusion: la balle est dans notre camp !


Alors voilà, nous avons les cartes en main, c’est à nous de jouer… ou plutôt d’exercer nos « money muscles » une fois de plus :)


Pour ceux qui mettent la vie animal au dessus de tout, un choix s’impose: « cuir vegan », alternatives textiles…


Pour les autres, si l’option cuir vegan / textile reste bien entendu d’actualité, d’autres pistes sont envisageables :

  • Cuir de seconde main, pour jouer la carte de l’économie circulaire et éviter la production de nouveaux déchets en devenir ;

  • Cuir de première main, issu de stocks dormants (mais comment savoir… ?), ou d’origine certifiée ou labellisée; ou bien encore en circuit court / filière locale. Privilégier le tannage végétal, et éviter le cuir de faible qualité (synonyme de déforestation et de techniques de tannage non responsables);


Et pourquoi ne pas demander aux vendeurs/marques d’où vient leur cuir ou quelle a été la technique de tannage utilisée, pour les interpeller ?


Une fois de plus, la racine du problème est notre niveau de consommation: consommons à la hauteur de nos besoins, prenons soin de nos habits et de nos chaussures afin qu’ils durent le plus longtemps possible, qu’ils soient en cuir animal, en cuir vegan, …


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Et vous, possédez-vous des vêtements en cuir ? Avez-vous déjà essayé des alternatives au cuir animal ? Qu’en pensez-vous ? Pourriez-vous vous passer totalement de cuir animal ? Connaissez-vous des marques engagées ? Etes-vous prêts à interpeller les marques sur l’origine des cuirs qu’elles utilisent? Etes-vous prêts à vous laisser guider par des labels pour vos achats d’articles en cuir ?

Merci de vos commentaires :)


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