• renelle gaudin

J’veux du cuir ! (1/2): les problèmes

Le cuir c’est une seconde peau, c’est le Perfecto de Marlon Brando, un bustier de chez Jitrois, des santiags ou des ballerines, c’est un sac, un portefeuille, une paire de gants… c’est un pan entier de la mode, un univers en soi. Des vêtements ou accessoires en cuir, on en a tous chez nous - à moins d’être vegan depuis 10 ans… et encore ! En plus le cuir est biodégradable, réparable, facile d’entretien.


Oui, mais le cuir c’est la peau d’un animal, et les procédés de tannerie sont dangereux et très polluants. Alors comment on s’en sort si on veut porter du cuir qui respecte la planète, les hommes et les animaux ? Voici quelques éléments de réflexion, en 2 articles, pour vous aider à forger votre propre opinion, issus de me recherches, de mes discussions, et avec l’aide précieuse de Jenny Bourhis, experte en achats responsables dans le secteur du cuir :)

De la peau brute au cuir


Le premier problème environnemental « causé par le cuir » est tout naturellement lié à l’élevage des bovins, ovins et autres caprins. Rappelons que l’élevage animal est responsable de près de 15% des émissions de gaz à effet de serre induites par l’activité humaine. En outre, le lien a clairement été établi entre l’élevage bovin est la déforestation, notamment en Amazonie - cf campagne de l’association Envol Vert « le cuir tanne la forêt ».



Ensuite, les 3 étapes de fabrication du cuir ont un gros impact à leur tour:


* En premier lieu, le salage des peaux brutes (le pré-tannage) qui est un nettoyage la peau de tous les éléments physiques et chimiques qui gêneraient la pénétration du produit tannant (gélatine, poils, etc). Il faut une très grande quantité de sel (entre 5 et 10 kg) pour nettoyer une peau, et ce sel est ensuite rincé (dessalage). En l’absence de filtrage, il vient alors polluer les eaux douces locales et les rend impropres à la consommations par les populations alentours - cette étape s’appelle d’ailleurs (historiquement) le « travail de rivière » (!). Le produit fini de cette étape s’appelle le « wet blue ».


* Ensuite, vient l’étape du tannage (pour les peaux de vaches) et de mégisserie (pour les moutons et les chèvres). Si vous avez déjà visité une tannerie - moi c’était au Maroc - vous vous souvenez forcément de cette odeur incroyablement forte et entêtante ! Même avec un bouquet de menthe sous le nez on n’a pas traîné longtemps…

Il existe 2 procédés de tannage : le tannage végétal (souvent des écorces d’arbre, tannins végétaux type châtaignier, mimosa, etc) et le tannage minéral (le plus souvent au chrome). Le premier utilise beaucoup d’eau mais des produits chimiques moins impactants. C’est un savoir-faire ancien peu pratiqué de nos jours - nous reviendrons sur le tannage végétal plus tard. Le tannage minéral est le plus utilisé, de loin, et il faut environ 100 kg de produits chimiques pour 300 kg de peau brute. Ces produits sont dangereux, tant pour les ouvriers qui les manipulent que pour les rivières alentours (à ce sujet, voir et revoir River Blue !). Par exemple, dans de mauvaises conditions d’utilisation (notamment un mauvais contrôle des températures) le chrome III peut migrer en chrome VI et devenir cancérigène. Les procédés de tannage peuvent également nécessiter de l’arsenic ou du mercure. Manipuler ces produits dangereux peut brûler la peau et causer des cécités ou des difficultés respiratoires… Si ces problèmes ne sont plus rencontrés en Europe, où les procédés chimiques sont encadrés (directives REACH) et maitrisés, ils sont encore fréquents en Inde, Chine ou au Bangladesh, grands producteurs de peaux.


* Enfin, la finition (application de teintures, vernis, grainage, etc), qui est elle aussi consommatrice en produits chimiques fortement émetteurs en composés organiques volatiles (par exemples les solvants des vernis ou peintures).


UN-FAO, World Statistical Compendium for Raw Hides and Skins, Leather and Leather Footwear 1993-2012, (2013)


Dans les pays ne disposant pas de dispositifs assez efficaces pour gérer toutes les eaux usées… elles sont souvent reversées directement dans les rivières, qui sont l’unique source d’eau pour les gens qui vivent au voisinage de l’usine. Et il en faut de l’eau pour tanner les peaux: environ 17 000 litres (l’équivalent de 60 baignoires) pour juste 1 kg de cuir !

Là encore ces problèmes n’existent pas en France ni en Europe où les tanneries ont mis en place des procédés de traitement des eaux (stations d’épuration).


Enfin n’oublions pas les conditions de travail terribles - produits dangereux, longues heures, salaire n’assurant pas un niveau de vie décent, et parfois travail des enfants - dans les tanneries d’Inde, de Chine et du Bangladesh.



La peau de l’animal

Une grande différence entre la fourrure et le cuir, c’est qu’il y a des élevages d’animaux exclusivement pour leur fourrure, mais pas pour le cuir. On récupère le cuir dans les abattoirs, sur des bêtes qui seraient tuées de toute façon pour leur viande… on parle de « sous-produit ». C’est à dire que le cuir est un produit « accessoire » ou « secondaire » de l’élevage à des fins alimentaires.


Du moins c’était le cas jusqu’à ce que le cuir devienne une source de revenus en soi et passe de « sous-produit » à « co-produit » dans les pays développés. En effet, dans nos pays où la consommation de viande a baissé (-12 % sur les 10 dernières années en France selon une étude du Credoc), le marché du cuir s’est « tendu » et les revenus liés aux peaux ont pris de une importance relative dans les sources de revenus des éleveurs et des abattoirs.


Du coup on arrive sur un terrain glissant… qui est l’oeuf et qui est la poule ? Est ce que si on arrêtait d’acheter du cuir cela aurait une influence sur le nombre d’animaux abattus ? C’est l’argument défendu par certains activistes. Personnellement j’ai besoin de plus de données pour me forger un avis sur le sujet (par exemple quelles est la répartition des revenus entre viande et peaux, pour les abattoirs et les éleveurs ?)

Conclusion (1/2)


L’industrie du cuir, dont la production se situe majoritairement dans des produits encore trop peu en mesure de maîtriser les process et de traiter les eaux sales en sortie d’usine, est ultra polluante ! Les conditions de travail des ouvriers sont accablantes et dangereuses.

L’élevage des animaux se fait au prix d’une déforestation massive… et les tensions récentes sur le marché de la viande (en Europe) nous amènent à nous poser la question des liens de causalité entre consommation de viande et consommation de cuir - qui tire l’autre ?

Bref, après ce premier état des lieux peu enchanteur, j’ai voulu en savoir plus sur les initiatives et solutions qui s’offrent nous, consommateurs de cuir concernés par le sort de notre planète, des hommes et des animaux :)

L’article suivant présente des pistes et des idées intéressantes proposées par l’industrie du cuir elle-même (qui a clairement conscience du problème), les alternatives vegan, les innovations technologiques… yay !, on peut consommer du cuir de manière responsable 🐮👞👜🌍

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