• renelle gaudin

Des étiquettes pour nous aider à acheter en conscience… 🧘‍♀️🧘


La loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire a été promulguée le 11 février dernier. Le projet de loi initial visait à responsabiliser les fabricants et distributeurs sur toute la durée du cycle de vie d’un produit (« du financement à sa fin de vie ») selon un principe de responsabilité élargie du producteur s’appliquant aux volets social ET environnemental.

Finalement, seul le volet environnemental a été retenu, et le secteur de l’habillement a été choisi comme secteur test pour la mis en place de cette loi.


(je ne sais pas à qui créditer ce dessin que l'on trouve souvent sur Internet...)


Dans ce post je vous donne plus de détails sur cette loi et comment elle va se décliner dans les boutiques et nous aider à « mieux » consommer.



Virevoltements et indécisions…


Je souhaite commencer par un petit retour sur les virevoltements et indécisions concernant le volet social, car il me semble qu’il s’agit de 50% du problème, et je trouve ça bien dommage de se mettre à table en mettant la moitié du gateau au congélo !


Je ne suis pas très au fait du cheminement législatif et des allers et retours entre les différentes chambres, mais j’ai compris que la question « sociale » était revenue sur le tapis dans le cours du processus, pour finalement ne pas être retenue (pardon… « remise à plus tard ! »)

De même pour l’aspect obligatoire ou volontaire de l’affichage.


En décembre (2019) on pouvait en effet lire (article de Ouest France) que « l’Assemblée nationale a voté, mardi 10 décembre, en faveur de l’obligation d’un “affichage environnemental et social” pour les industriels de l’habillement, par exemple via l’étiquette, contre l’avis du gouvernement.

Le même article précise ensuite que l’auteur de l’amendement, Dominique Potier (dont j’ai déjà parlé dans mon précédent post sur La loi dans tout ça ?), a souhaité aller plus loin pour « prévenir, et produire autrement ». Le textile est « la deuxième industrie la plus polluante, et contribue, au bout de la chaîne de valeur, au travail des enfants ». […]

Il a reçu un large soutien dans l’hémicycle, y compris d’élus Les Républicains et de certains marcheurs.

En fin de course, le législateur a retenu le seul volet environnemental, et la base du volontariat…


Allez, pas de mauvais esprit, cette loi est quand même un bon point de départ (mais on garde les deux-points manquants en tête pour les mois à venir !).



Les grandes lignes de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire


Déjà je dois dire que je trouve l’intitulé très alléchant. Alors que le mouvement zéro waste et l’économie circulaire ont le vent en poupe, cette loi tombe à pic !


L’objet de cette loi est ainsi d’accélérer le changement des modèles de production et de consommation afin de réduire les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat. Elle s’inscrit dans la mise en œuvre de la charte de l'environnement de 2004.


Concrètement, la loi vise à harmoniser l’information des consommateurs sur les caractéristiques environnementales des produits proposés à la vente (incorporation de matière recyclée, durabilité...) (2022). Il sera notamment interdit de faire figurer sur un produit ou un emballage les mentions "biodégradable", "respectueux de l'environnement" ou toute autre mention équivalente.


L’idée derrière cette loi c’est qu’un consommateur éclairé sera un consommateur plus raisonnable et que cela engendrera un cercle vertueux des modes de production et de consommation… certes, encore faut-il que les prix suivent… mais c’est un autre sujet !


(Pour consommer mieux et inciter à produire mieux -> Cercle vertueux)

Un dispositif d’affichage environnemental est sera proposé à toutes les entreprises de biens ou de services. Une méthodologie doit être expérimentée pendant 18 mois, en premier lieu avec le secteur de l'habillement. D'autres secteurs suivront. À terme, cet affichage devrait être rendu obligatoire.


(Pour moins de gaspillage -> Economie circulaire)

La lutte contre le gaspillage et la priorité au réemploi solidaire sont également mis en avant. La destruction (incinération et mise en décharge) des invendus non alimentaires neufs, comme les vêtements, les chaussures, les produits de beauté, les livres ou l'électroménager, est interdite par principe (fin 2021 ou fin 2023 selon les secteurs); de même que la lutte contre les dépôts sauvages est réaffirmée.


(Pour produire mieux -> Eco-conception)

La responsabilité élargie des producteurs (principe du pollueur-payeur) est mise en avant: les producteurs soumis aux filières pollueur-payeur doivent élaborer des plans quinquennaux d'action d’éco-conception pour que leurs produits soient plus recyclables. Par exemple, les fabricants qui conçoivent leurs produits de manière écologique bénéficieront d’un bonus sur la contribution qu’ils versent pour la gestion et le traitement de la fin de vie de leurs produits; A contrario, les fabricants n’intégrant pas l’éco-conception dans leur manière de produire verront cette contribution augmenter avec un malus.



L’étiquette de la (bonne) conscience


La mode, car elle est l’une des industries les plus polluantes au monde, a été choisie pour expérimenter la première cette démarche - mais d’autres suivront, promet le ministère de la Transition écologique et solidaire.


Le secteur a également été choisi, je pense, pour son niveau de maturité face au sujet. Cela fait déjà plusieurs années que les méfaits du secteur sont étalés au grand jour et que les acteurs sont titillés sur le sujet. Il sont donc prêts à passer à l’action - ou du moins à commencer à se mobiliser sur le sujet (!)


D’ailleurs en aout dernier, en marge du G7 de Biarritz, « un pacte de la mode » signé par 32 acteurs du textile les engage (mais de manière non contraignante) à « diriger (les) entreprises vers des actions compatibles avec la trajectoire à 1,5°C de réchauffement climatique » et se fixent pour objectif d’atteindre le zéro émission nette de CO2 en 2050.


Mais revenons à nos moutons:

- Comment concrètement responsabiliser les producteurs /distributeurs ?

- En les notant, pardi !

- Ok, alors sur quels critères on se base ?


L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie) travaille sur le secteur de l’habillement depuis plusieurs années. Elle a notamment publié un guide très intéressant en septembre 2019: Le revers de mon look.



Sur la base des travaux de l’ADEME (dans l’habillement mais aussi dans d’autres secteurs), 9 indicateurs génériques ont été établis pour mesurer l’impact environnemental d’un produit sur l’intégralité de son cycle de vie, des matières premières à la fin de vie, en passant par la distribution.

Décliné à l’industrie de la mode, ça donne les points suivants:

  1. l'impact sur les ressources énergétiques,

  2. l'impact sur les ressources minérales,

  3. l'impact sur la biodiversité,

  4. la pollution photochimique,

  5. l’eutrophisation (pollution des écosystèmes aquatiques dû à la prolifération de certains végétaux, le plus souvent des algues)

  6. la consommation d'eau,

  7. la toxicité aquatique,

  8. l'acidité dans l'eau,

  9. les émissions de gaz à effet de serre.


Cette méthodologie permettra d’attribuer une note environnementale à chaque vêtement: A, B, C, D ou E… À la manière d’un « nutri-Score » sur la qualité nutritionnelle des aliments ou de l'

« étiquette énergie » sur les performances énergétiques d’un logement ou d’un appareil électroménager.

L’étiquette environnementale imaginée par Okaïdi affiche une note allant de A à E, accompagnée d’un globe bleu. (©Ïdkids) - Decathlon et Okaïdi ont testé volontairement cet affichage depuis plusieurs mois.


Les professionnels du secteur et les équipes du ministère se donnent 18 mois pour établir une «méthodologie solide qui permettra de donner une note environnementale à chaque vêtement», a précisé Brune Poirson (secrétaire d'Etat à la Transition écologique). Ce système sera tout d'abord basé sur du volontariat, puis devrait être rendu obligatoire dans le cadre d’une directive européenne - aux alentours de 2023…


Cette note devrait se retrouver sur une étiquette cousue à sur nos vêtements, et permettre au consommateur de faire des choix « en conscience » (c’est beau, hein, dis comme ça ?)



Les questions qui restent en suspens…


C’est vraiment positif de voir qu’une telle loi ait pu être votée ! Par le biais de ces étiquettes, quand elles seront généralisées, TOUS les consommateurs seront informés de l’impact environnemental de leurs achats. Ca n’empêchera certainement pas tout le monde d’acheter un tee-shirt à 5 euros, car parfois on n’a qu’un budget de 5 euros pour un tee-shirt, mais au moins ça pourra devenir un sujet de discussion et ça c’est bien - c’est comme ça que ça commence !


Dans mes rêves les plus fous, j’imagine qu’on assortisse l’achat de vêtements mal notés à des conseil complémentaires du genre: au bout de 5 articles en dessous d’un certain seuil, on vous conseille fortement de regarder The true cost ou River Blue


La question de la formule magique qui permettra d’aboutir à la note finale est encore une grande inconnue… espérons que les acteurs engagés dans le processus seront à la hauteur des enjeux…ils ont 18 mois pour y arriver !


Parmi les points épineux, citons par exemple celui relevé par Eleonore Kubik de France Nature Environnement: les seuils retenus pour l’établissement des critères de notation - comment définir un seuil ni trop haut ni trop bas ? ou encore ceux relevés par Viji: en l’absence de normes dans le domaine (contrairement à l’agroalimentaire par exemple), il est extrêmement complexe de comparer entre eux les différents paramètres intervenant sur l’impact environnemental. Est-ce qu’une économie sur la consommation d’eau est plus vertueuse qu’une limitation des rejets de CO2 ?


Bref, rien de simple dans tout ça.


Pour conclure, on garde à l’esprit que:

- Reste le volet social: Brune Poirson a dit que « ces critères (sociaux) sont encore à établir, mais nous avons bien prévu de le faire lors de ces dix-huit mois de travail » - on sera vigilants !

- L’initiative reste sur une base de volontariat… là aussi, on attend le passage à un mode obligatoire, et à son corollaire, qui est la mise en place d’un organe de contrôle - et de sanction - sans quoi ces mesures n’ont aucun caractère contraignant;

- La tendance est à consommer moins ! Ne pas perdre de vue que la meilleure façon de ne pas polluer et de ne pas abuser les travailleurs des ateliers de confection, c’est de moins mettre la pression sur le secteur de l’habillement: il faut sortir du modèle de la fast-fashion et adapter notre consommation à nos besoins;


En attendant ces étiquettes magiques (et même après !), n’oublions pas les applis qui peuvent déjà nous aider à consommer responsable: Clear Fashion et Viji.


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Et vous, que pensez-vous de ces étiquettes magiques ? Vous laisserez-vous guider dans vos achats par les notes environnementales ? Croiserez-vous ces infos avec celles des applis ?

merci de vos commentaires !

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