• renelle gaudin

De ma pyramide de fringue à la pyramide des besoins (revisitée)…



En 2012, un article du Guardian annonçait que les anglais avaient atteint le « pic de la consommation » (peak stuff)



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2001 may turn out to be the year that the UK's consumption of 'stuff' – the total weight of everything we use, from food and fuel to flat-pack furniture – reached its peak and began to decline.  (Chris Goodall)

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Si cet article reste controversé (car il faut intégrer une baisse des prix, des délocalisations, et se remettre dans le contexte de 2001 - attentats du World Trade Center, guerre en Irak…), il met néanmoins, le doigt sur un sujet passionnant qui est celui de notre (sur)consommation d’objets, et pour ce qui m’intéresse ici de vêtements, et du possible virage qui s’opère.


Selon l'Insee, chaque ménage en France consacrait en moyenne 1 230 euros par an à l'achat de vêtements, soit 3,9 % de ses dépenses totales en 2014. Cela représente environ 30 kg de vêtements neufs, par personne, par an !!! 30 kg !!


Pourquoi donc acheter autant, alors qu’une étude récente nous apprend que … 68% de ces vêtements dorment dans nos armoires ?




Je consomme donc je suis: matérialisme et Stuffocation


On peut reconnaitre aux biens matériels une certaine « utilité » pour l'expression de soi et de notre statut : dans une bonne mesure, mes chaussures ou mes vêtements parlent de moi, pour moi. En plus, aller faire du shopping a un côté ludique et social non négligeable (du moins pour une bonne partie d’entre nous).


Poussées à l’excès dans la culture matérialiste d'aujourd'hui, certaines personnes surinvestissement ces objets et finissent par croire qu’ils pourront résoudre leurs problèmes émotionnels : la thérapie par le shopping (ou « retail therapy » des anglos-saxons): je me fais plaisir sur le moment, je me console avec des achats (fast fashion par exemple), au risque de m’endetter et/ou de ne plus avoir assez d’argent pour les choses vraiment importantes (logement, nourriture, études,…).



Comme le décrit James Wallman dans Stuffocation

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In today’s culture, material goods have become substitutes for deep and genuinely meaningful human desires and questions. /…/ Consumer culture has become a sort of pseudo religion.

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Mais les vêtements/chaussures produits en masse, enfants naturels de la fast fashion, sont tellement dépourvus de sens et d’originalité qu'ils ont peu de chance de nous satisfaire ou de répondre à nos véritables désirs. Nous nous lassons donc rapidement de ces biens et, dans notre quête de nouveauté, passons à la chose suivante et recommençons le processus…

Le mal-être émotionnel augmente alors et, comme l'a observé Oliver James dans Affluenza, plus une société devient matérialiste, plus le taux de détresse émotionnelle est élevé.


La production de masse et la consommation de masse produisent in fine de la dépression de masse… (et là je fais volontairement l'impasse sur les aspects sociaux et environnementaux - histoire d'apporter un éclairage différent sur le sujet !)



Bon, ok… mais comment on en sort ?


On en sort en changeant nos pratiques de consommation et en faisant de la place dans nos penderies, pour respirer et prendre du recul…

...Pas de Mary Kondo dans ce post (peut être un peu dans un prochain, mais alors mixé avec d’autres conseils !)

...Pas non plus d’enquête sur ce que deviennent nos vêtements quand on les met dans les bennes - sujet hyper intéressant, article à venir


👉 Concentrons-nous plutôt aujourd’hui sur les autres modes de consommation de la mode.

Pour en revenir à la statistique de départ (le pic d’objets qui aurait été atteint), cela nous renvoie à une tendance (?) actuelle de « dématérialisation » de nos vies, un virage vers moins de biens matériels et plus d’expériences.


C’est vrai qu’aujourd’hui on n’est plus autant attaché à sa CDthèque (que ceux qui ont encore un lecteur de CD lèvent la main !), on a tout à dispo sur Spotify ou sur Deezer. Idem pour plein d’objets pour lesquels l’accès / la mise à disposition nous suffit - pas besoin de les posséder.

Du coup on loue, on s’abonne, on se prête… et on ressent moins le besoin d’acheter, de posséder: c’est l’essor de l’économie collaborative - qui croise ici, aussi, l’économie circulaire.


Cette réflexion est synthétisée dans la « buyherarchy of needs » de Sarah Lazarovic (lien vers son super blog Minimum Viable Planet)



Elle reprend l’idée initiale de la pyramide des besoins de Maslow et hiérarchise nos « besoins d’acheter ». L’idée sous-jacente est de dépenser le moins possible et de garder l’argent pour les dépenses réellement nécessaires.


La ligne de base est si évidente mais on l’oublie si souvent: on commence par faire son shopping dans sa penderie ! Evidemment, ça aide d’avoir une penderie un minimum organisée et de prendre soin de ses vêtements…


Ensuite on peut emprunter, à sa famille, ses ami.e.s, ses voisin.e.s …

Ou encore échanger, si on souhaite garder le vêtement plus longtemps. Dans ce cas, il existe des initiative en ligne, comme Swap-chic, qui se développe en ce moment sur toute la France, mais aussi des initiatives « physiques » comme Les Nomades, à Nantes mais aussi ailleurs en France, qui fonctionne sur une base d’abonnement et se présentent comme « une bibliothèque de vêtements, chaussures et accessoires pour femme et homme ».

- et certainement d’autres initiatives, que vous ne manquerez pas de rajouter dans les commentaires !)


Là, il manque à la pyramide de Sarah Lazarovic l’étage de la location:

on peut maintenant louer un jean chez MUD, louer des chaussures chez BOCAGE, louer des robes chic chez Beaurow, Rent the runway ou Girl meets dress (y a de l’offre, on vous avait dit !); ou même louer directement dans la penderie d’une fashionista de l’autre coté de la Manche avec By Rotation.


On avance encore un peu plus haut dans la pyramide et on peut acheter de seconde main, du chic ou de la fripe. C’est un achat, mais à un coût moindre et surtout ça sauve les vêtements de la déchèterie.

!!! Ici on fait une pause… Récemment, une certaine application de vente de seconde main soulève la polémique quant à son impact sur la (sur)consommation de vêtements (hé hé, la revoilà qui pointe son museau). Pour Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Éthique sur l’étiquette, et citée dans un article de Reporterre


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« Au lieu d’enrayer le système créé par la fast fashion de consommation et de renouvellement perpétuel de collections, Vinted l’accentue en permettant de vider ses placards et de les remplir à la même vitesse », empêchant « toute réflexion sur les besoins réels. »

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Quand on a du talent et des idées, on peut même faire soi-même ses vêtements. Les matières premières et le matériel demandent un certain investissement, sans même parler du temps mis sur l’ouvrage, mais c’est une super satisfaction (il parait !)


Et enfin, enfin, quand on a tout épuisé, qu’on n’a rien trouvé qui nous satisfait, alors on achète neuf… mais pas n’importe comment ! Pour plus de sécurité, on part faire du shopping accompagné.e ou on téléphone à un.e ami.e avant d’acheter (le joker pour contenir ses potentielles pulsions d’achat !), et on achète res-pon-sable.


Livia Firth, une activiste anti fast fashion (et productrice de The True Cost) conseille de ne pas acheter de vêtement qu’on ne portera pas au moins 30 fois. C’est un chiffre intéressant, car 30 fois ça sonne ridiculement bas (mes tenues basiques, je les mises bien plus de 30 fois !), mais si on y réfléchit à 2 fois… on se rend compte qu’il y a bien certaines pièces qu’on n’a même pas portées 30 fois !

Pourquoi ne pas les proposer à louer, les échanger, les donner … les remettre dans un cycle de vie ?


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Et vous, accumulez-vous les vêtements ? Etes-vous prêt à acheter moins ? Quelles initiatives de prêt ou de location avez-vous déjà essayé ? Avez-vous déjà organisé des swaps ?

(nb. certains des sites mentionnés ci-dessus ne sont pas encore implantés en France… avis aux amatrices !)

Merci de vos commentaires :))

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